Juste avant de m'y atteler, j'ai même eu le temps de m'accorder un petit sourire un peu incrédule, en regardant mes mails et m'apercevant que les copains bossaient aussi la nuit sur ce qui me pousse à écrire la suite. Surréaliste.

Par rapport à la dernière fois (vous relirez le billet précédent si vous avez oublié), la situation a encore bougé, et mon avenir professionnel n'est décidément fait que de zigs et de zags. (Sauf que peut-être là, je viens de choper la bretelle d'autoroute). Ou pas.

21 juin 2016 : réunion de tout le monde. Mon patron (le méga open de la dernière fois) nous annonce que les résultats sont pas au niveau attendu, manque de marge patipata, réduction des horaires pour le personnel volontaire (celle qui a refusé a été lourdée), et abandon du projet de la nouvelle boutique (celle qui devait s'ouvrir à côté de chez moi et dont je devais tenir l'étal). Caramba, encore raté ! Et un boulot de roi du pétrole qui part en couilles...

Alors rentrer chez soi. Serrer les oreilles, se dire que ça va aller quand même et que quelque chose de mieux m'attend. Se persuader que les choses auront bougé en septembre.
Constater fin juillet que l'été n'est pas encore passé et continuer d'y croire. Se faire la remarque fin août qu'il ne se passe plus grand-chose dans la ferme d'à-côté... Cogiter, humer, sentir, laisser venir, accepter de laisser s'approcher même le plus improbable.

Puis c'est l'étincelle, un soupçon d'idée à la con comme à chaque fois et l'embrasement est instantané. C'est tellement simple pourtant : Je suis boucher, j'aime ça. J'étais éleveur, j'aimais ça. Cette fois je serai les deux !!!!! Production, découpe et distribution à la ferme. En bio. Allez zou, au taf !

Assez rapidement, une petite voix m'a dit : Euh, dis donc lalune, je sais qu'on est plusieurs là-haut, mais ça fait pas un peu trop de taf là quand même pour dans la vraie vie ?
C'est pas faux. Donc prendre le temps de bien poser la situation. S'assurer de trouver du sens, essayer de bien tout paramétrer et partir en chasse en tentant de de ne pas reproduire les erreurs de la fois précédente.

Déjà, ne plus partir seul et trouver un producteur ou deux.
Ensuite, trouver quelqu'un pour gérer et commercialiser ce qui sera produit. Proposer le projet à quelqu'un qui au bout de la quatrième phrase te dit : c'est génial ton idée, on fonce, on étudie et si c'est viable, j'en suis !

Et là, force est de constater qu'en 45 jours environ, l'étude économique est presque bouclée, les parcelles et bâtiments sont répartis, le projet est quasi ficelé et pourra être présenté au proprio (une collectivité locale) la semaine prochaine. Car ça semble viable !

Moi, il y a des gens au contact de qui j'ai l'impression d'être meilleur et je suis plutôt content car je pense que mes partenaires actuels sont de cette espèce. Déjà, dans l'esprit d'entreprise. Je refuse d'être employeur, mais je ne supporte guère plus l'idée d'être employé, mon expérience actuelle ayant tendance à renforcer ce sentiment.
Pourtant, ce projet ne peut être réalisé seul. Heureusement, les statuts type SCOP existent. Et nous somme tous les trois dans cette volonté de gestion horizontale, d'entreprise autogérée. C'est dur l'autogestion. C'est exigeant. C'est plus difficile que d'obéir en ronchonnant comme on fait tous souvent. Mais je trouve ça beau.
Et une entreprise, c'est pas que des marges, du CA, des esclaves, des sous à planquer et des taxes comme semble le penser mon cher boss. C'est aussi une aventure humaine.

Voilà de quoi il retourne précisément :

Le projet consiste à implanter sur une ferme périurbaine de taille moyenne (68 ha) une production céréalière permettant d'alimenter un troupeau porcin de plein air, ainsi qu'un lot de poules pondeuses, le tout en production biologique. Les porcs seront élevés à la ferme avec une alimentation produite sur place, puis travaillés en produits de boucherie et de charcuterie et commercialisés sur place. Les oeufs seront commercialisés tels quels (On les ramassera, mais vous vous les ferez cuire vous-mêmes quoi...) Ou alors on organise une cueillette à oeufs...
Un méthaniseur permettant de traiter les effluents d'élevage alimentera la boutique en électricité, le point de vente sera tenu par rotations, etc.
A court terme, un éleveur de brebis lait sera installé, pour une production et transformation sur place également en yaourts, lactiques et tommes, toujours en bio. Comme il reste un chouïa de place, un atelier de production de poulets de chair sera également implanté, avec vente directe itou. J'ai aussi en tête une action de ferme pédagogique et de camping à la ferme (pour le moment) mais on m'a dit de me calmer avec mes idées...

La philosophie générale consiste à créer une seule structure, qui est propriétaire (endettée au début...) de toutes les installations, que chaque acteur soit responsable de son atelier et puisse dépanner sur un atelier qui n'est pas le sien quand un des autres est absent (congés, réunion, etc.) L'objectif est de maîtriser toute la production, afin de se passer de fournisseurs (hors consommables) et de se passer de clients tels que la grande distribution
Le projet est calibré pour débuter à trois, et doit pouvoir s'étendre à cinq personnes à terme.
L'idée de ce projet est qu'ils soit coopératif dans le sens où si l'un de nous n'est pas là, le projet s'écroule. C'est plus de risques évidemment, cela demande une très grande implication de tous car l'outil de travail dans sa totalité appartient à chacun, mais ce sera surtout bien plus de satisfactions futures.

Wala. C'est pas beau ça ? Bon, ok, il reste quelques détails à régler... Du genre déposer le dossier et être retenu, obtenir mon diplôme de boucherie et passer le CAP en candidat libre en juin, convaincre l'Etoile du bien fondé de la formation charcutier/traiteur, de voir comment on peut s'organiser pour que j'y aille, (et convaincre Pôle Emploi de me la financer), faire en sorte que la vieille bique sur place qui veut pas partir nous loue les bâtiments d'exploitation, mais on va y arriver !
Qui a dit 'ou pas' ???
Grrr