Hier, la SAFER d'Ile de France (organisme d'état qui gère l'attribution de propriétés agricoles bien connu pour sa transparence) se réunissait en comité technique pour l'attribution d'une ferme aux Mureaux dans le 78.

Au programme, la vente d'une propriété agricole de 140 ha, qu'elle possède en nom propre. Les textes prévoient que la SAFER ne peut rester en propriété d'un bien pour une durée supérieure à 5 ans. Propriétaire depuis 5 ans, la SAFER devait vendre et a donc mis en vente ce bien. De très nombreux acquéreurs ont fait acte de candidature, et le comité d'hier servait à attribuer ce bien. Jusque-là, c'est clair non ?

Parmi les candidats à l'acquisition, il y avait plusieurs céréaliers qui désiraient s'étendre (il y en a quand même pour 1,7 M€...), et le Conseil Régional d'Ile de France, par le biais de sa structure chargée de l'acquisition de foncier agricole et qui s'appelle l'AEV, Agence des Espaces Verts.

Afin de présenter un projet cohérent, l'AEV a fait un appel à projet durant l'été. L'Agence cherchait des porteurs de projet désireux de s'installer en bio, et permettant de mettre en valeur le site, afin de créer une sorte de 'pôle bio' aux portes de Paris.

Me voila donc embarqué dans l'affaire, en compagnie de 3 maraîchers et d'un éleveur de moutons. Nous avons monté un projet qui nous paraissait cohérent, avec la création d'une AMAP (structure qui permet à qui veut d'avoir un panier hebdomadaire de fruits et légumes de saison, produits et récoltés sur une seule exploitation, etc.), la création d'une ferme pédagogique en partenariat avec la ville des Mureaux, la création d'une couveuse pour aider les jeunes maraîchers qui souhaitent s'installer en bio à apprendre les ficelles du métier avant de s'en aller voler de leurs propres ailes, l'installation d'une maison de l'arbre portée par la ville des Mureaux, la prévision de l'installation d'un boulanger qui aurait travaillé avec des céréales anciennes, l'installation de ruches, etc.
Le projet prévoyait aussi la tenue d'un magasin collectif, dans lequel tout un chacun aurait pu trouver des fruits et légumes, de la viande d'agneau, de mouton, des savons et cosmétiques, etc.

Les élus de la Région ont choisi de défendre ce projet lors du comité technique.

En face, il y avait le projet d'installation d'un jeune agriculteur, fils d'un gros céréalier du coin, qui travaille en 'conventionnel'. (Alors, dans le jargon du métier, travailler en conventionnel signifie qu'il balance du pesticide à gogo).

Comme l'AEV tenait à acquérir le bien et dispose quand même de quelques moyens de pression, la ferme lui a été attribuée. Chouette non ?
Ben non, parce que la SAFER a (semble-t-il) le pouvoir de choisir non seulement l'attributaire du bien, mais également le locataire qui va occuper la ferme !!! (En gros, vous avez de l'argent pour acheter un bien libre, mais le vendeur vous impose votre futur locataire...)

Et comme vous vous en doutez au vu de la tournure que prend ce billet, c'est bien évidemment le dossier du fils du paysan du coin qui a été retenu. Je n'ai pas encore pu prendre connaissance des motivations du jury pour cette attribution et pour notre refus, mais voila, la décision a été celle-ci.

Petite précision, l'AEV ayant tout de même décrété que le locataire serait un agriculteur inscrit dans la filière biologique, le candidat avait tout naturellement envie (et quand je dis tout naturellement envie, je pense à la formule chère à notre ancien Président...) de se convertir au bio.

Petite explication des dessous de la bio : un agriculteur a 5 ans pour convertir son exploitation. Ce qui veut dire que pendant 5 ans, il peut balancer tous les pesticides qu'il veut. Il touchera cependant les aides à la conversion la première année, puis les aides au maintien pendant les 4 années suivantes.

Au bout de 5 ans, qui est prêt à prendre le pari contre moi que le jeune céréalier signifiera à l'AEV que finalement, la bio, ça risque d'être un petit peu difficile vu la mauvaise qualité des terrains (ce qui est tout à fait exact - raison pour laquelle on souhaitait implanter un projet d'élevage avec des animaux qui se contentent de peu - et qu'il serait plus sage de retourner au 'conventionnel' ?

Là, l'AEV va gueuler en rappelant que le fermage (location d'un bien agricole) prévoyait la conversion en bio. Mais bon, on peut supposer sans paraître trop mesquin et mauvais perdant qu'à ce moment-là, les agriculteurs vont se sentir trahis, et qu'ils iront manifester devant les locaux de l'AEV ou de la Région, avant de déverser du purin en hurlant que leurs revenus font rien qu'à baisser et que les collectivités locales font rien qu'à leur mettre des bâtons dans les trous...