Nona,

Nona, ça veut dire grand-mère en italien. Alors, vu que je reviens d'Italie justement, j'utilise un peu du vocabulaire appris là-bas…
T'as vu, j'ai mis une petite fleur jaune !

Nona, c'est un de tes "p'tits gamins" qui te parle. Je n'ai pas pris la parole à la mort de pépé, je l'ai beaucoup regretté, et il m'arrive de le regretter encore. Donc cette fois, je vais dire un petit mot, et je considèrerai que ça fait pour vous deux. Parce qu'il m'est bien difficile de vous dissocier.

Il y a quelques jours, quand j'ai senti que tu commençais de ne plus aller bien du tout, j'ai consulté mes archives bloguiennes, et j'ai retrouvé un texte que j'avais écrit le 29 mai 2005, il y a quasi tout pile deux ans, dans lequel je disais que lorsque l'on serait dans la situation présente, mon monde d'enfant finirait de s'écrouler. Et bien voilà, on y est.

Mais aujourd'hui, c'est surtout un grand merci que je voudrais te dire. Merci pour tout ce que tu as fait ou été pour moi, pour tout ce que tu as fait ou été pour nous tous ici présents. Aussi, je voudrais te souhaiter un bon voyage, au nom de toute l'assistance réunie pour toi.

Ca fait des années que tu attendais ce jour, ce 10 mai 2007 (au moins toi tu auras eu ton grand soir…), toi qui nous répétais si souvent depuis des années que tu trouvais ce monde trop pressé, trop individualiste, trop méchant. Toi qui ne supportais pas de ne plus pouvoir être utile.

Nous, égoïstes que nous étions, nous te disions qu'il était encore tôt, que ça nous faisait plaisir de t'avoir avec nous, même un peu diminuée. Pourtant, vu que tu ne pouvais plus "marcher à vélo"…

A l'été 2005, il a fallu arguer de la naissance à venir de ton arrière petit-fils pour te maintenir en vie encore quelques mois, mais cela n'aura pas tenu très longtemps.

Si quelqu'un connaît la valeur du travail, c'est bien toi, qui n'auras fait que travailler encore et encore, en répétant à l'infini que la vie n'était pas une partie de plaisir.

Je te remercie également à titre personnel d'avoir attendu que je rentre d'Italie pour t'éteindre. On t'avait dit d'attendre, et forcément, tu as attendu.

Maintenant, je pense que tu as bien mérité le repos qui t'attend. Tu vas même pouvoir retrouver des tas de gens là-bas, que ce soit Dédé et Denise G., tous les gens de Saint-Désiré et du Montlubin qui ont compté pour toi, ton fils que tu n'as pas vu depuis si longtemps, et ton petit mari. Ils vont en avoir des choses à te raconter tous ! A mon avis, faut que tu te fasses installer le téléphone…

A la mort de Coluche, Renaud avait écrit une chanson dans laquelle il disait : "J'espère au moins, qu'là-haut, t'as acheté un vélo"… Ce que je crois moi, c'est que Robert t'en a bricolé un de vélo, et que même il s'entraîne dur pour ne plus se faire lourder dans les côtes, comme ce fut le cas bien des fois !

Et puis quand tu les auras tous retrouvés, prépare-leur du pâté aux pommes de terres, ça leur fera sans doute bien plaisir. Je regrette juste que ce fameux pâté n'ait pas connu le succès planétaire qu'il était en droit d'attendre, mais sache que j'y travaille. Et puis, pour les jours où vous serez neuf à table, demande à ce que quelqu'un le coupe en onze, il en restera deux parts…

T'as vu hein, toi qui ne pleurais jamais, j'ai réussi à faire comme toi ! Mais je n'en suis pas moins triste pour autant…

Je terminerai d'un mot, en reprenant celui que tu utilisais lorsque tu savais que l'on ne se reverrait pas pendant un certain temps, je terminerai en reprenant le dernier que je t'ai entendu prononcer au téléphone il y a deux petites semaines :

Adi.