Les tanneries, c'est un espace auto-géré. D'aucuns diront squat. Le lieu porte ce nom, car il est situé dans les bâtiments des anciennes tanneries de Dijon. Quelques personnes ont commencé de vivre ici il y a plusieurs années, et depuis les gens se relaient pour faire vivre ce lieu.
Bon, c'est plutôt roots, mais les 5 ou 6 permanents entretiennent, développent, aménagent, reçoivent, réfléchissent avec leurs invités et visiteurs de passage sur des moyens de lutter contre le néo-libéralisme, non seulement en militant mais en vivant cette lutte.
Ils ont un accord de la mairie de Dijon pour occuper les lieux, et ne s'en privent pas. Les locaux sont immenses, et par rapport à mon dernier passage en juin, ça commence à avoir de la gueule. Hier soir, il y avait soirée "debug". Les "visiteurs" étaient des geeks, tous plus geeks les uns que les autres. Je sais que ma semaine a été speed et que j'étais plutôt carpette, mais je ne crois pas avoir compris la moindre phrase qu'ils ont prononcée. Dans la cave, c'est un repère de composants informatiques. Jamais vu autant de matos (tout de récup forcément) ! Ils ont quand même un (ou plusieurs) serveur(s) - impossible à deviner avec mon niveau de connaissances, et plein de postes en réseau. Alors pas de foudres de guerre, mais de quoi très bien travailler sur du logiciel libre. Dans la bibliothèque informatique, si t'aimes pas linux, faut partir. Y a un pauvre bouquin parlant de word 2, et encore, je pense que c'est une erreur...
Les discussions autres qu'informatiques tournaient hier soir (du peu que j'en ai entendu paske dodo vite) autour des actions menées par les opposants américain à la guerre du vietnam pendant la guerre du même nom. Entre autres.
Chacun vit à son rythme. Me suis levé à 7h30 paske déjà énervé à l'idée de ma journée à venir, j'en ai croisé qui allaient se coucher, d'autres sont toujours debout, c'est au choix.
En les regardant vivre cette vie, je repense à la pauvre émission écoutée l'autre soir sur Europe1 (je sais pas ce qui m'a pris) et dans laquelle Il était question des arnaques récentes à la Sécu, concernant les médocs prescrits par des toubibs plus ou moins de bonne foi, et envoyés à l'autre bout du monde. (Les médocs hein...)
Très vite, Monsieur de Closets (qui je prenais jusque-là pour quelqu'un de plutôt respectable - même si je savais rien de ses opinions politiques) a commencé de parler des chômeurs. Bon, je vais prendre quelques éléments que je vais sortir du contexte, et c'est mal, mais tant pis pour lui. Même sorti du contexte, il y a des choses que je peux pas laisser dire.
Monsieur de Closets disait que les chômeurs n'étaient pas assez pistés et que le courage politique voudrait qu'ils soient plus chassés mais suivis par le même interlocuteur qui s'apercevrait forcément au bout d'un an que si ils n'avaient pas accepté de reprendre un emploi, ils devaient être radiés. Il disait aussi que la machine à radier avait permis de sortir deux fois plus de DE qu'avant le plan Borloo, mais que c'était pas encore assez.

Alors juste deux questions :
Très bien, on les radie, si on est cool on leur propose le RMI pendant quelques mois. Et après ? On en fait quoi ? Je comprends bien qu'il est pas forcément aisément concevable de filer des sous à des gens qui cherchent pas de travail alors qu'ils disent en chercher, mais en quoi est-ce une obligation de vouloir à tout prix travailler dans ce pays ? Et puis une fois qu'on a coupé intégralement les vivres à ces gens-là, ils deviennent quoi ? Quelle est la probabilité qu'ils en arrivent à voler dans des magasins ou à commettre des actions sortant du droit dans le seul but de manger ? Ca Monsieur de Closets ne l'envisageait pas. Et puis vivre avec le RMI, plein de gens se complaisent là-dedans. A-t-il seulement essayé de vivre un mois avec les ressources dont dispose un RMIste ? Est-il vraiment persuadé que c'est un choix ? N'est-ce pas plutôt le découragement lié aux règles du Marché qui fait que plein de gens se résignent à vivre avec les quelques subsides que leur accordent l'état en se débrouillant à droite à gauche ? Là non plus, Monsieur de Closets ne parlait pas de cela.

Deuxième question : Est-ce vraiment parce que plein de chômeurs sont feignants qu'ils ne trouvent pas de travail, ou parce qu'il n'y a pas de travail à proposer ? Monsieur de Closets dit que c'est la faute aux chômeurs. Oh, le beau courage politique que voilà !!! Parce que suivre les demandeurs d'emploi tous les 15 jours, ça doit être possible. Faudrait embaucher pas mal de personnel, mais c'est envisageable assez facilement. Mais pour leuir proposer quoi ? Déjà là, l'ANPE est censée recevoir les demandeurs tous les mois, mais il n'y a rien à peur proposer ! Alors ils peuvent les recevoir tous les 15 jours comme il dit, deux fois par semaine même ! Le courage politique, ne serait-ce pas plutôt de trouver des solutions (faciles) pour ouvrir le marché de l'emploi dans ce pays ? Oui, bon, j'déconne, je sais...

Tout ça pour dire qu'ici aux Tanneries (tu croyais que j'avais oublié mon lien hein...), ils ont choisi. "apt-get install anarchism" est écrit sur la façade. Moi ça me fait poiler à chaque fois ! Et même sans être anarchiste, je comprends de plus en plus que des gens aient fait le pari de vivre en espace auto-géré vivant de culture potagère, de récup, et de tout ce que la société de consommation jette parce que plus dans les 'normes'.
Bon vent à eux, et merde à Closets.


Enfin c'est pas tout ça, mais j'ai deux ânesses à remonter en Seine et marne aujourd'hui !