Cet été, durant notre périple en Bretonnie, nous sommes restés quelques jours à Ouessant. Moi je suis resté carrément scotché par cette île. C'est en plus un piège à touristes sans nom cet endroit-là, où il y aurait moyen de fourguer plein de savons au lait d'ânesse, mais mon étoile va exploser au bout de deux mois, donc on oublie...

Notre petit séjour là-bas était lié en partie à ce festival. L'île d'Ouessant est également appelée l'ile aux femmes, étant donné que c'est elles qui tenaient la baraque tandis que leurs marins de maris étaient partis en mer, pour des périodes souvent fort longues.
Aussi ce festival n'est-il animé que par des femmes, organisatrices et artistes. D't'façons, les hommes, à Ouessant, ils font ce qu'on leur demande et là, on leur avait rien demandé... Alors ils ont fait comme d'hab : direction le bistrot.
Lydia Chardon (c'est pas son vrai nom, mais mégalo comme elle est, elle doit surfer partout pour s'assurer qu'on dit que du bien d'elle, alors j'ai changé), résidente de l'île, est la directrice artistique de ce festival. Bon, directrice, ça veut dire que c'est toi qui commandes, et artistique, que c'est toi qui définis la programmation.
J'ai donc eu la malchance de m'apercevoir que ma copine d'enfance Magali Mosnier (qui était au solfège avec Audrey Tautou et moi - décidément, on en rencontre un de ces mondes en faisant du solfège), supersoliste à Radio France, avait joué la veille de notre arrivée. Mais je me suis rattrapé avec les deux derniers concerts (surtout l'avant-dernier en fait...)
Dana Ciocarlie a joué un Tchaïkowsky sans âme, un Schumann lourd comme une patronne de chambres d'hôtes chez l'habitant (private joke mais vous l'aviez deviné), à croire que le piano était sur le point de tomber en ruines, mais après ça, une sonate de Janacek et plein de Bartok joli, d'une puissance, d'une maîtrise et d'un vélocité qui me réconcilieraient presque avec le piano. Chapeau Madame !

Par contre, le dernier concert, c'est la directrice artistique du festival qui se l'était gardé pour elle, tant certaine de sa supériorité sur le bas peuple qu'elle est. En termes politiquement correct (donc l'essence de mon discours d'une manière générale - à propos d'essence, j'avais déjà pensé à baptiser mon asinerie ouessantine Kerd'âne, et comme slogan : 'Kerd'âne, l'essence de votre peau'. Ker signifiant maison, et le kerdane étant un combustible... Bref, je m'égare et je sors dès que j'ai fini ce billet...) en termes politiquement corrects disais-je, je pense que la formule 'exécution remarquable' peut prendre pas mal de sens...
Sa vanité n'ayant d'égal que sa facilité à secouer la tête pour montrer qu'elle a compris (ou pas tant que ça en fait), elle a à peu près raté tout ce qu'elle a tenté. On aurait dit du Kiktef des grands jours... (nouvelle private joke, mais pour plus de lecteurs. Ou pas.)
Moi quand j'étais jeune musicien, on me disait à l'orchestre qu'une fausse note jouée timidement restait une fausse note, mais qu'une fausse note jouée avec assurance était une interprétation. Si on transpose le discours à sa prestation, elle a superbement interprété !
Alors je veux bien que le piano c'est difficile, mais jouer Schumann, Liszt et Beethoven à fond les ballons (que déjà musicologiquement parlant, ça me fascine que des interprètes jouent plus vite - sans doute pour épater la galerie - les pièces que ce que la facture des instruments de l'époque et donc la volonté des compositeurs le permettaient), mais si en plus c'est pour en foutre partout à côté, soit on joue moins vite, soit on travaille !!!! Et après le concert, on dit pas qu'on a mis toute son intensité en prenant la tête de la première comtesse venue qui va se pâmer parce que trop serrée dans son corset ! Pourquoi n'y a-t-il pas moyen chez cette femme de respecter l'auditeur, en disant par exemple qu'elle avait choisi un programme très difficile (ce qui est le cas) et qu'elle a pris des risques ?
Je suis tout disposé à croire qu'elle n'a pas volé son prix de Paris ni ses prix internationaux (en général ils ne les donnent pas), mais je me dis qu'elle a sans doute joué bien mieux que ça ! Les moulinets de bras, j'ai peur que ça ne facilite pas l'atterrissage des envolées dans l'aigu (elle en a quand même raté une sur deux environ). Pire, dans les reprises, elle est capable de se croûter deux fois au même endroit... Alors de là à dire qu'il y a un léger manque de travail et qu'elle nous prend pour des moutons ouessantins, y a pas long...
Alors c'est pas parce qu'il y a eu des pains que c'était nul (même si là il y en a eu beaucoup). Horowitz en mettait pas mal à côté aussi, mais musicalement, il n'y avait rien à dire. Or là, si.
Faudra que je réécoute Grimaud, Polini, Tharaud, Barenboïm, ou autres Zacharias dans l'Apassionata, mais j'ai eu plus le mal de mer que sur le bateau...Incapable de trouver une pulsation où que ce soit. Et pourtant, j'ai cherché.

Dernier truc (parce que je voudrais pas faire long) : plutôt que de regarder en l'air dans les mouvements lents en cherchant des traces du p'tit Jésus ou des ondes de la Jument (le phare, bande d'incultes !), vaudrait p'tet mieux qu'elle regarde son clavier, ça lui éviterait (ainsi qu'à nous) bien des tracas. Car si le violon ne supporte pas la médiocrité (surtout quand on décide de boucler un festival d'une façon qui apparaît bien arrogante après avoir invité des solistes internationaux), le piano pas trop non plus...
Maintenant, qu'une artiste locale parachutée (mais bon, elle vient pas faire de politique, elle a bien le droit de vivre là, et d'ailleurs je trouve son choix excellent) auréolée d'un assez beau passé (ce que je ne remets pas en cause, d'autant moins d'ailleurs que je suis incapable de faire ce qu'elle fait. D'un côté c'est heureux, mais surtout moi je me la pète pas en public) veuille participer, c'est très bien. Sans doute eût-il mieux valu cependant qu'elle débutât ce joli festival...


Et aucun lien, mais hier soir on regardé l'Equipier, beau film tourné à Ouessant, et ça nous a rappelé quelques bons souvenirs...