Alors chais pas si c'est en prévision de la future réélection du nain, mais ça dégaine un peu vite ces temps-ci je trouve. Deux en deux jours, c'est beaucoup, voire trop.

Bon, elle, c'était prévu. Des semaines que son état empirait, elle n'avait plus envie de se battre, son mari était déjà mort depuis plusieurs années.... C'était un peu comme une grand-mère à la campagne. C'est elle qui m'avait appris à traire les vaches, qui me disait de venir à la pêche dans son étang, qui appelait pour qu'on vienne ramasser des mirabelles, des poires, etc. Toujours à trouver un moment pour prendre des nouvelles, proposer un apéro, même quand on avait pas le temps, en servir de grandes rasades et apporter mille petits gâteaux en disant : "mais ils savent bien que tu es là !!" Elle laisse trois filles, entre lesquelles la guerre qui est sur le point d'éclater - sitôt le caveau refermé - va être sanglante. Et des petits enfants que j'aime bien.

Pour lui, la santé s'était faite chancelante depuis la fin d'année dernière. Il avait fait quelques malaises, mais n'avait jamais voulu en tenir trop compte. Des analyses de sang récentes avaient montré des soucis tout de même. Il avait consulté, il avait été question d'opération, mais bon, à son âge, le doc avait dit que ça tiendrait bien encore quelques années (sur ce point du moins), sans opération. Il devait quand même être hospitalisé vendredi après-midi pour d'autres examens, mais les PFG sont arrivées les premières... Il avait juste refusé de voir qu'il était en phase terminale d'un cancer généralisé.

Alors oui, il m'agaçait un peu. Quand il avait fini de parler de ses bagnoles et de son fric, il lui restait la résistance. Et ça repartait en boucle. Il en était à sa 54 ou 56ème voiture neuve, il ne savait pas à dix briques près ce qu'il avait sur son compte, etc. Mais c'était pas un mauvais bougre. J'avais quand même tenté de leur dire que ses histoires de fric m'insupportaient, et on était un peu fâchés. L'année 2011 s'est passée sans trop d'échanges. Comme je ne voulais plus les appeler, j'écrivais pour donner quand même quelques nouvelles. Mais Mamie ne pouvait déjà plus lire, alors je m'étais mis à retéléphoner. Et chaque fois, je me voyais reprocher le fait de ne pas donner assez de nouvelles, qu'ils ne comprenaient pas, etc. Et c'est vrai qu'ils ne comprenaient pas. La dernière fois que je lui ai parlé, c'était le jour de Noêl. J'avais promis de reprendre des nouvelles en janvier, j'ai pas eu le temps. Il n'aura même pas connu son arrière petit fils.

Il laisse donc ma grand-mère, 88 printemps passés, qui ne voit plus, et qui se retrouve toute seule dans leur appartement sur la 'cote' comme elle dit. Il en faisait quand même beaucoup à la maison : les courses, la cuisine, l'accompagnait à ses rendez-vous médicaux, etc. Et il n'est plus là. C'est pas que j'ai pas confiance dans les aides-ménagères dans le Sud, mais bon, ça sent quand même toujours un peu la poule aux oeufs d'or ces trucs-là. Alors je vais descendre passer quelques jours auprès d'elle, rester après l'incinération, essayer de voir ce qu'il est possible d'envisager pour la suite, une fois les paperasses administratives réglementaires évacuées. Je pencherais bien pour qu'elle se rapatrie sur une maison de retraite vers paname, elle a toujours trop chaud l'été et pas tant de relations que ça là-bas. Mais c'est pas gagné, elle a un peu la tête dure. Et puis elle a ses repères dans cet appartement. C'est bien évidemment difficile, mais se réinstaller quelque part sans rien voir d'un nouvel environnement, ça doit être encore bien pire.

J'ai l'impression, après un week-end à digérer la situation, que je me sens encore plus proche d'elle désormais. C'est pas qu'il faisait barrière, mais j'ai peur qu'elle ne tienne pas longtemps sans lui. Et je considère que je me dois de la protéger. Ou alors, c'est une forme de culpabilité que je cherche à contrebalancer. Mais la protéger comment ? En la laissant décider ? En lui forçant un peu la main ? J'ai pas trop d'idées encore, on verra. Je sais juste depuis de très nombreuses années que c'est la personne qui m'est le plus proche au niveau du caractère, qui me comprend le mieux. C'est une histoire de sang et des gènes, mais c'est comme ça. Alors comme c'est dur pour elle tout de suite, il faut que je sois près. Et puis les grand-parents, c'est comme qui dirait en voie d'extinction me concernant...

En tous cas, je sens monter chagrin et tristesse tout de suite. C'est pas que c'est plus fort que pour mes autres grand-parents adorés, c'est juste différent. Au départ des autres, il y avait du monde à côté. Là elle est seule, très loin, ne voit plus et je 'sens' qu'elle a besoin de moi.

Je n'arrive même pas à me souvenir de la dernière fois où je les ai vus. Ces quatre dernières années c'est à peu près sûr que non. La dernière fois certaine, c'est pour quelques jours de vacances, en 2006 je crois. Quand je dis qu'elle est loin ! Pour autant, cette impression de proximité reste, dure et perdure, comme si rien de tangible ne pouvait l'effacer. C'est complètement irrationnel. Je suis cependant convaincu que l'on a encore bien des choses à se dire, qu'elles doivent l'être, qu'il me manque des informations dans ce puzzle compliqué que je voudrais finir de rassembler avant qu'elle ne parte. Le temps commence à manquer.