A la demande générale de lui, je continue mes petites propositions (encore que celle-ci également n'est pas de moi mais de Vincent Cheynet) visant à un épanouissement durable au travers d'une décroissance souhaitable.

Les éléments cités dans le titre devront progressivement disparaître.

Les franchises visent à une uniformisation planétaire de l'offre. Ce qui signifie que tous les magasins de la chaîne (ou si c'est pas des magasins c'est des hôtels, etc.) doivent proposer les mêmes produits, les mêmes prestations, ce qui est forcément aberrant dans une logique décroissante. Pourquoi aller faire faire des milliers de kilomètres à des articles, juste sous prétexte qu'ils doivent être bien placés à tel endroit partout dans le monde (ou dans le pays) pour que le gentil consommateur puisse profiter exactement de ce qu'il a à côté de chez lui alors qu'il est ailleurs ?

Les multinationales ont la même vision expansionniste cherchant donc à inonder les marchés de leurs productions. En plus du coût humain et de ce que le travail devient de plus en plus la variable d'ajustement (et ça sera forcément de pire en pire sitôt la crisounette actuelle terminée - je dis crisounette, car je trouve ça totalement dérisoire les effets actuels par rapport à ce que sera le monde quand on demandera à l'OPEP de rouvrir en grand les robinets mais qu'il n'y aura plus rien dedans). Afin d'éviter donc l'exploitation de l'homme et des ressources fossiles défaillantes, les multinationales devront disparaître. Truc de ouf non ?

Quant à la grande distribution, elle sera le coeur de ce billet. Et pour paraphraser (presque) le bon Claude Allègre, je vais digresser sur mammouth... Le principe de la grande distribution consiste à permettre à des acheteurs de trouver absolument tout ce qu'ils veulent (vraiment tout ?) au même endroit. Noble cause s'il en est. C'est pratique, ça évite de courir à droite à gauche pour fouiner et farfouiller (trucs qui prennent du temps et si on veut travailler plus pour gagner plus, du temps, on n'en a pas). Donc vive les hyper !!! Mais qui est gagnant dans les hyper ?
- Les producteurs ? Je ne pense pas. Par exemple, un éleveur de vaches laitières vend un litre de son lait à la coopérative du coin (lactalis ou autres) à 0.32 ctm d'euro. Vous l'achetez combien votre litre de lait en hyper ? Ah oui, mais il y a des intermédiaires !! Ben voila, justement...
- Les salariés alors. Hum, tout le monde a bien conscience des cadences de travail de ces salarié(e)s qui font souvent trois heures de trajet pour aller bosser pas longtemps, qui ont une coupure de ouf au milieu sans pouvoir rentrer, des micro pauses pendant le taf, trimballent des trucs méga lourds sur un tapis en se flinguant le dos pour un temps partiel payé une misère. Donc pas trop eux non plus. Considérant de plus que pour un emploi précaire créé dans la grande distribution, c'est 5 emplois détruits dans le commerce traditionnel ou l'artisanat. Ouais, pas moins. Ca vous bouche une dent creuse non ?
Alors quand vous râlez dans la file d'attente de votre supermarché que ça va pas assez vite et que vous voudriez qu'on ouvre une caisse en plus, vous demandez à ce qu'on supprime 5 emplois. (Indirectement...)
- Bon, ben les clients alors !! Hormis le fait d'avoir tous la même chose sous la main et de commencer par gaver sa charriotte avec des disques, bouquins, etc qui sont à l'entrée parce que c'est des trucs qu'on n'a pas mis sur la liste mais que vu qu'on n'a pas commencé ses courses on a encore des sous en on peut s'offrir ça (j'invente rien), on achète des produits de qualité plus que médiocre (fruits et légumes d'Alméria en Espagne, jouets à piles en plastique chinois - avec ou sans mélamine, boîtes de conserve insipides, écran plat coréen, etc) à un prix bien supérieur à ce qu'il nous coûterait si on avait un circuit de distribution court sous la main. Ou qu'on n'achèterait pas parce que ça vient de trop loin et que donc c'est vraiment pas consciemment raisonnable. Alors il ne s'agit pas non plus de prendre sa voiture et de faire 250 kilomètres pour avoir un charriot moins cher auprès d'un producteur près de chez nous qu'on ne trouvera d'ailleurs pas (il a fermé depuis que le supermarché a ouvert), mais bien de repenser une relocalisation de l'économie.
Et là, vous me dîtes : ah oui, mais moi j'en connais des petits producteurs, mais ils vendent leurs trucs bien plus chers que dans la grande distribution ! C'est pas faux...

Pour expliquer un petit peu le phénomène, prenons le cas d'un petit chef d'entreprise qui vend des savons. Le savon, c'est un truc que tout le monde doit acheter normalement, si l'on considère qu'une bonne partie de la population se lave. Bien. Du départ, le petit chef d'entreprise, il s'aperçoit que le savon, c'est hasbeen. Maintenant, le truc, c'est un super gel douche qui sent méga bon, avec un joli poussoir en plastique, une étiquette bien décorée, un bilan écologique écoeurant mais un coût dérisoire. (On se demande d'ailleurs ce que le producteur dudit gel douche gagne. Et comme il gagne rien sur les marges, il gagne forcément sur les volumes, les volumes, les volumes, parce qu'il a une méga campagne marketing, qui t'explique trop bien qu'il faut consommer, consommer, consommer...)
Alors le client, quand il voit un savon qui approche les 5 euros, il se dit : putain, il met quoi dedans lui ? des paillettes d'or ? (Alors qu'en fait, les particules d'or, elles sont dans les cosmétiques...). Le petit chef d'entreprise, il sait que s'il veut survivre, il doit proposer ses savons à quelques magasins du coin, parce qu'il veut pas les vendre trop loin non plus ses savons, le con. il sait aussi que le magasin, il va les lui acheter moitié prix de ce qu'il les vend au public. Dans la cosmétique, c'est la règle. Donc pour vivre un tout petit peu quand même, il doit gagner quelques centimes sur ce qu'il vend au magasin. Il fixe son prix public comme ça. Si le même petit chef d'entreprise veut vendre ses produits à un grossiste, qui fournira lui-même des magasins), il doit encore concéder un rabais de 40%, marge que prend le grossiste pour gérer les stocks qu'il achète en attendant de les écouler. Alors le petit chef d'entreprise, soit il met des coûts prohibitifs pour du direct en ne vend rien, soit il dit au grossiste d'aller se faire voir, que la vente à perte n'est pas une solution.
Mais le même petit chef d'entreprise, s'il vend en prix public à ce qu'il croit juste, c'est pas pour les moments où il vend, c'est pour les moments où il ne vend pas ! Un petit chef d'entreprise artisanale qui a l'assurance que la clientèle locale va lui acheter 30 savons et 10 crèmes par jour, parce que c'est des produits bio, parce que c'est à côté de chez les gens, etc. il envoie chier les circuits de distribution, et les prix qu'il pratiquait auprès de la grande ou moyenne distribution, il peut tout à fait les appliquer à la clientèle directe. D'où une diminution du prix de la moitié environ, sans rien faire. Et ce qui est valable pour les savons l'est aussi pour les fruits et légumes, la viande, etc. Pour info, le prix du kilo broutard (veau de plus d'un an pour faire simple) n'a pas augmenté depuis plus de 15 ans, pour les agriculteurs qui vendent ledit broutard qui part à l'engraissement en Italie, pour revenir en steak en France. Quid du prix de la viande sur les 15 mêmes années ?