Déjà, partons de la base, les propositions de la dame.
Je cite la dépêche Reuters de 19h48 ce jour :
"Le jeune est pris dans l'entreprise avec un tutorat d'accompagnement et, au bout de trois mois maximum, soit il est intégré dans un contrat d'apprentissage (...), soit le jeune devient immédiatement efficace, et cette période d'essai se transforme en contrat de travail, soit il est en contrat de professionnalisation", a déclaré la candidate présidentielle du Parti socialiste sur i-Télé.

Ségolène Royal a annoncé vendredi dernier qu'à travers ce dispositif les pouvoirs publics paieraient pendant un an la totalité du salaire et des charges d'un jeune de plus de 16 ans sans qualification embauché par une entreprise de moins de dix salariés dans les secteurs de l'artisanat et du commerce."

Alors reprenons.
Première impression : Outre que c'est un contrat réservé à pas tous, rien de bien novateur, ça tourne sur les contrats en alternance existants (à la louche 3/4 en entreprise et 1/4 en formation. C'est un peu plus compliqué que ça, mais je vais faire simple ici, ça se complique un peu après), le contrat d'apprentissage et l'ancien contrat de qualif', complètement dénaturé par la dernière législature, qui lui a fait perdre le côté diplômant pour un volet uniquement (sauf à de très rares exceptions) qualifiant. Bah ouais, fallait foutre les gens au taf, les former un tant soit peu correctement n'étant pas dans les priorités de l'ancienne législature. Moralité, tous les BTS en contrats de qualif ont disparu. Merci. Donc contrat d'apprentissage et contrat de pro.

Maintenant, entrons un peu dans le détail :
"Le jeune est pris dans l'entreprise" (parfait) "avec un tutorat d'accompagnement" (bien !! Bon, jusque-là, rien à dire, ça semble pas mal).
S'ensuit une période de "trois mois maximum", durant laquelle le p'tit gars découvre le métier, commence à montrer ce dont il est capable, soit.

Là où je comprends plus rien, c'est la suite. Soit il débute un contrat d'apprentissage, soit il est embauché après cette sorte de "période d'essai" (qui soit dit entre nous passe de deux mois dans le code du travail actuel à trois présentement...) - embauché en CDI je suppose donc, soit il débute un contrat de professionnalisation....
Bon, pour l'embauche directe, je vois. Il sera formé sur le tas. Ca limite un peu les possibilités de changement de boîte et les perspectives d'évolution, mais on peut se dire que c'est toujours un premier boulot de trouvé, et que si il ou elle a du bol de tomber dans une bonne boîte, il ou elle pourra faire son trou. Encore que pour bouger dans 5 ou 6 ans, sans diplôme, ça risque d'être un peu chaudus. Mais c'est pas mon sujet tout de suite.
Moi, c'est les deux autres éventualités qui m'intéressent et me donnent envie de pleurer. Mais il faut que vous ayez (pour celles et ceux qui savent pas) deux ou trois infos pour bien comprendre mon étonnement :
Un contrat d'apprentissage est une formation en alternance diplômante, qui dure entre deux et trois ans selon les CAP proposés. Vu que ça s'adresse à des jeunes sans qualifications ce machin, on peut déduire que ce sera prioritairement des CAP. Pour signer un contrat d'apprentissage, il faut un jeune (déjà), une entreprise, et un CFA (Centre de Formation des Apprentis).
Un CFA est un organisme public, sous tutelle de l'Education Nationale, et qui permet à des employeurs publics comme privés d'employer des jeunes. Là, cela ne concernerait que le secteur marchand, pourquoi pas. (Encore que ça peut être perçu comme une discrimination quelque part...)
Les rentrées se font autour du 15 septembre dans les CFA, donc mettons le 15 pour simplifier. Un jeune peut signer son contrat à partir de 3 mois avant la date de début des cours, jusqu'à deux mois après la date de début des cours. Donc si le 15 novembre il a pas signé son contrat avec un employeur, c'est tchao bye, et à l'année prochaine.
Ce qui veut dire que les employeurs qui n'auront pas fait débuter le contrat au 15 août dernier délai ne bénéficieront pas de cette période de trois mois "maximum". Déjà.
Bon, je veux bien que notre prochain "Dieu Réincarné et Omnipotent" a décidé de se mettre au taf de suite, mais son projet, pour la première année, déjà faut qu'elle oublie. Le temps que ça soit légiféré, que les circulaires passent (elle veut supprimer les ordonnances. C'est bien, mais ça va forcément aller moins vite), on sera à Noël. Et de toutes façons, le temps que l'Académie donne les moyens aux CFA d'embaucher des profs et de créer des filières et classe supplémentaires...
Dans tous les CFA, les tests de sélection sont interdits, mais... très généralement pratiqués. Un jeune doit donc s'inscire, présenter un dossier, rassembler des pièces, être reçu en entretien pour présenter ses motivations (jusque-là ça semble normal), et des fois faire plusieurs CFA s'il y a plus de demandes que de places disponibles. (En région parisienne, au pire y a des transports, mais en province, c'est moins facile). ce qui veut dire que quoi qu'il arrive, on ne garde que les meilleurs.

Si ça marche pas, il pourra faire un contrat de professionnalisation qu'on me dit !!!
Pour signer un contrat de professionnalisation, il faut un jeune (déjà), une entreprise, et un Organisme de Formation (privé et conventionné par l'état). Les rentrées ont lieu en gros dans les mêmes conditions que pour les CFA. Par contre, les OF, eux, font passer des tests à gogo. Ils sont là pour faire du fric (je sais de quoi je parle) et ne prennent que la crème (si possible, mais si le secteur est pas rentable, faut pas rêver, y a pas d'OF de positionné...)
Il faut faire les mêmes démarches de la part du p'tit gars, ce qui implique donc que là faudra tout faire en double (inscription en OF + CFA), en espérant avoir une place soit dans l'un soit dans l'autre centre. Et surtout, il faudra que l'employeur accepte le contrat pour lequel son p'tit jeune aura été retenu !!! Elle est pas belle la vie ?
Vu que l'état ne prend en charge que la "première année" (pas sûr qu'il faille qu'il prenne plus d'ailleurs, ni moins...), il est difficile de dire quelle pourra être la stratégie des entreprises, entre payer longtemps pas cher et former pas trop mal (via le CFA), payer moins longtemps pas cher mais former moins (via l'OF).
Toujours est-il que connaissant (un tout petit peu) les loulous qui veulent s'inscrire en formation, déjà que c'est la misère pour qu'ils comprennent tout concernant leur centre de formation, si ils doivent doubler les démarches pour deux types de formations qui sont pas équivalentes, qui s'appellent pas pareil, et qui sont pas payées pareil, là, je vois pas...

Mais ce qui me fait le plus de peine, c'est qu'après avoir eu cinq années pleines (ok, moins le temps de se remettre de la gamelle) depuis la dernière élection, qu'il n'y ait pas un socialiste qui ait été foutu de réfléchir à un truc mieux que ça !!!!!!!!!!! ni mieux conçu, ni mieux structuré, ni plus précis, moi ça me scotche.

On parie que sa proposition ne verra jamais le jour (si elle est élue) sous cette forme ?
De toutes façons, cette proposition comme plein d'autres de la miss Ségolène, c'est comme un nouvel OS de chez windaube : tu balances un machin en sachant quer c'est pourri, et tu attends le débugage par d'autres (ou pas).