Dans le coin d'un entrepot de musée, complètement anonyme et impersonnel, traînent de vieux objets espagnols et aztèques, armes, masques, statues, des caisses empilées de bric et de broc. Quelques néons éclairent cet endroit complètement inerte.
Or, ces objets se mettent soudain à raconter leur histoire, leur propre histoire, contenue en eux depuis des siècles...
Une malle s'ouvre, et un moine sort de sa léthargie. Puis c'est le tour d'un altiste, souffre-douleur d'un pape tant hypocondriaque qu'hérétique.
Et voici les espagnols, Cortés à leur tête, venus s'empiffrer des richesses des Amériques et propager la foi catholique comme le leur a demandé le roi d'espagne. Moctezuma, roi soleil aztèque, du haut de son pouvoir et de ses certitudes sacrifie tout ce qui lui passe entre les mains pour plaire à son Soleil et regarde se dérouler la vie.
Mais les espagnols avancent ! Cortés ayant coulé ses propres bateaux, les envahisseurs du vieux continent se doivent de prendre pied sur ce nouveau monde. Après étude de très nombreux signes, bien que souvent contradictoires, Moctezuma prend pourtant Cortés pour Quetzalcoatl, le dieu tant attendu.
Et l'inévitable survient. Le fanatisme et la volonté de convertir de l'abbé alliés à la cupidité de l'aventurier provoquent des combats sans merci. Le rapt et l'assassinat de Moctezuma, puis la bataille rangée. Partout des espagnols massacrés. Partout des Aztèques hachés...
La pièce se termine sur la désespérance de Cortés et le suicide de l'abbé.


Etranges sensations que provoque cette pièce.
Délire spatio-temporel de l'auteur, qui fait converser en un même lieu des personnages de continents et de siècles différents, qui fait utiliser des objets actuels par les espagnols ou les aztèques dans la mise en scène.
Sentiment d'inévitable et d'inéluctable dans l'escalade de la violence préalable à la grande bataille.
Notes d'humour lors de l'arrivée des rêveurs censés prédire le futur pour Moctezuma et qui dépeignent tout simplement notre monde actuel.
Humour acide lorsque le pape dit : "Les femmes c'est comme les girouettes. C'est lorsqu'elles commencent à être rouillées qu'elles se fixent"...
Instant crucial quand le veilleur de nuit allume l'entrepôt lors de sa ronde, et que tous les 'acteurs-objets' regagnent qui leur estrade, qui leur malle, qui leur housse en plastique. Puis reprennent le cours de leur histoire à l'instant d'après, exactement où ils l'avaient laissée, histoire qu'il ne semble d'ailleurs pas possible d'imaginer d'une autre façon.
Géniale que l'idée de laisser l'étiquette d'indentification de chaque objet sur iceux. L'impression de vie propre de ces objets dans le récit en est ainsi sublimée.
Et si tous les soirs, leur histoire se répétait ? Et si tous les soirs, ces objets reprenaient vie pour raconter une fois encore leurs aventures ?
Et si tout cela n'était que prémisses de notre futur ?