Gustav Leonhardt. Claveciniste hors pair. Baroqueux mondialement reconnu. Chef d'orchestre immensément talentueux.
Sans doute la seule fois de ma vie que je verrai ce grand homme. Car il n'est plus tout jeune le bougre. Les bougies doivent lui coûter beaucoup plus cher que le gâteau lorsqu'il fête son anniversaire.
Gustav Leonhardt, c'est la force tranquille, la puissance maîtrisée. C'est une montagne, une brise, un roc, un souffle. Le genre de Monsieur qui n'a pas besoin de "passer" de la note à toute vitesse pour montrer qu'il sait jouer du clavecin. Lui, c'est le mode tout en subtilité. Et ses ornementations, grupetto, trilles et autres mordants suffisent à montrer ses capacités de vélocité. La technique est au service de la musique. Gustav Leonhardt, c'est pas un virtuose, c'est un musicien.
Durant deux petites heures, il a distillé des goutellettes de notes, perles de son arc-en-ciel à lui qu'il faisait sortir de son clavecin, qui te chatouillent les oreilles et tout le corps. Pendant ces instants hors du temps, tu es bien, tu rêves à plein de choses, tu es détendu, tu penses à une étoile, tu as les yeux qui brillent et l'esprit qui décolle. Tu quittes ce monde de tous les jours, empli de bruit et de tourments, pour un autre monde, éthéré. Gustav Leonhardt, c'est comme un magicien mais en plus balèze. Parce que si le répertoire interprété est important, l'interprète dans ce style de musique est quant à lui primordial.
Pourtant un clavecin, on peut pas dire que ça déchire les rideaux du point de vue du volume sonore. Et puis ça a quand même un petit son aigrelet avec ce système de cordes pincées. Mais pas grave. Gustav Leonhardt n'a pas spécialement besoin de volume pour faire résonner ses suites et autres préludes. Un clavier c'est bien, deux ce n'est pas trop pour ce musicien sûr de son fait et de sa connaissance de l'art baroque....
Des moments comme ceux-là sont trop rares. C'est le genre de concert auquel il fallait être. Paradoxe cependant de ces instants, où tu sors avec l'impression de t'être aéré la tête pour des jours, et l'impression de ne pas avoir respiré du concert, de peur de rompre le sortilège.
Et puis bon, c'est sans doute un peu partial, mais la musique baroque, c'est quand même autre chose que du Chopin non ? (l'intéressé se reconnaîtra...)