en farfouillant sur le disque dur de l'internet des champs, j'ai retrouvé ceci. C'est un des posts dont je regrette le plus le delete de mon précédent blog avec la définition du Mimilap. Trop content d'avoir retrouvé celui-ci, je le reposte tel quel, sans l'éditer, je l'aimais bien comme ça ce texte. Je réfléchis que la dernière fois que j'ai oublié qu'il était parti, c'est dimanche midi quand je lui ai mis une assiette. Il est pas venu déjeuner, forcément... Ca donnait ça :

mon blog, permets-moi pour mon 100ème post de m'adresser à quelqu'un d'autre que toi. En ces temps troublés de mon existence, c'est notamment à ce grand-père tant chéri que je pense et à qui je veux dire un mot.

Pépé, si tu n'as pas ce message, je te le délivrerai moi-même plus tard, je ne sais pas quand, je ne suis pas particulièrement pressé. Je voulais simplement te rendre hommage ici et maintenant, car tu m'as manqué pas plus tard que ce matin. Je voulais aller à la pêche cet après-midi (je n'irai pas car il pleut), et j'aurais eu besoin de tes conseils pour faire cuire du blé.

Par quoi commencer ? par te remercier, peut-être ; le peu que je sache faire de mes dix doigts en effet, c'est à toi que je le dois.

Robert Marcel Lucien, tu as connu la guerre dans ton enfance, les kilomètres à pied pour aller à l'école, toi qui étais si fier de ton Certificat d'Etudes (et à juste titre d'ailleurs). tu as été maquisard car il le fallait bien, puis tu as fait des dizaines de métiers (marchand de vélos, quincailler, banquier, technicien à l'usine...). Je me souviens surtout de ta retraite, que tu as passée en grande partie à t'occuper de mon petit frère et de moi ; nous apprendre à pêcher, à travailler le bois, à jouer à la belote, à la pétanque, à bricoler (un peu)... tu m'as aussi appris les arbres, les animaux, les oiseaux, les champignons, etc. Tu m'as accompagné partout, à l'école, au conservatoire plusieurs fois par semaine lorsque je jouais de la musique. Pourquoi de la musique ? et bien sans doute parce que tu auras joué toi de la clarinette pendant plus de 60 ans.

Les histoires que tu racontais le soir étaient souvent les mêmes, mais je les aimais beaucoup ; tes souvenirs d'enfance, d'armée, etc. Tu as été amuseur public pendant toute l'après-guerre dans ce petit village que tu appréciais tant et qui t'a vu naître. Petit village à proximité duquel tu as construit cette maison dans laquelle nous aimons tant nous rassembler, pour des heures et des heures de bonne humeur en famille ou entre amis. Je ne connais personne qui n'aime pas ce petit coin de paradis. Il n'y a plus la vigne à laquelle tu as consacré tant de temps, tu avais décidé que cela te demandait trop d'entretien pour les forces qu'il te restait, mais je garde encore le souvenir de ces vendanges quand j'étais môme, quand j'allais voler du raisin sur les pieds quelques jours avant la vendange, et que je me faisais disputer parce que j'étais malade après en avoir trop gloutonné. Oh, il était pas terrible ton picrate, mais c'était le tien, et tu en étais fier également.

J'utilise tant que je le peux le maximum d'expressions dont je me souviens de ton patois, qui me faisait tant rire, et qui rend si incrédules les personnes qui ne s'attendent pas à tel vocabulaire. Je considère ceci comme une part d'héritage que je me refuse à céder.

Et puis tes gauloises filtres "caporal" t'ont causé du souci, en plus des tes problèmes de circulation dûs au bras qu'on avait failli t'enlever. Coronnaires bouchés, malaise, hospitalisation, lit médicalisé, le début de la fin. Toi le touche-à-tout devenu passif, condition difficilement supportable... Un matin de Noël, tu nous as fait ton dernier AVC à la maison, tu ne l'as ensuite plus revue. J'ai passé cette triste journée aux urgences à tes côtés, puis le travail m'appelant ailleurs, je n'ai guère pu être près de toi. Tu t'es éteint un beau matin, et j'ai été le seul à voir ton cercueil entrer dans le four, mode de funérailles auquel on t'avait converti.

Il y aurait tant encore à dire, entre "le premier des régiments" que tu chantais inmanquablement à chaque banquet, ou le jardinage que tu affectionnais tant...

Mais je voulais cet hommage simple et bref, je ne m'étendrai donc pas plus.

Je rajouterai seulement que lorsque je pense à mon prénom, je n'oublie pas que c'est celui que tu avais donné à ton fils décédé dans les premières heures de sa vie.

Au revoir pépé, et merci pour tout.

*pense souvent à pépé en admirant...*