Petit billet à caractère didactique (si j'y arrive...), mais indigeste (ça c'est sûr)


Dans la presse du jour, il est possible de lire que JLB confirme la baisse du chômage, qui s'établit au 31 janvier à 8,6% de la population active. Il s'agit là de la meilleure année depuis 2000. Grâce à qui ? Grâce à Borloo et à ses contrats aidés (honnis par Raffarin, qui disait que c'était aux entreprises de créer des emplois, et pas à l'état de subvenir financièrement à leurs besoins.) Mais changement de premier ministre, changement de ton, et hop, rev'la les contrats aidés.

Pourtant, la réalité n'est peut-être pas aussi flatteuse...

Les chiffres du chômage, comment ça marche ?
Tous les mois, l'ANPE et le ministère de l'emploi recensent les DEFM (Demandeurs d'Emploi en Fin de Mois) de catégorie 1 (ceux qui cherchent un CDI temps plein). Pour celles et ceux qui ont dit à leur conseiller ANPE qu'ils étaient prêts à accepter un CDD ou un CDI à temps partiel, ils basculent de catégorie, et TF1 n'en parle pas. Idem pour ceux qui sont dispensés de recherche d'emploi (âge, raisons de santé), qui finissent une formation (c'est vachement pérenne une formation), qui ont travaillé plus de 78h le mois précédent (ça fait énorme, si on multiplie par 8.27 brut !), etc. Ils ne sont pas demandeurs d'emploi. Et paf, ça vous apprendra.
Ca, ça vaut pour les estimations mensuelles, annoncées tous les derniers jours ouvrables du mois. Par le premier ministre si c'est très bon (il souffle la place du ministre de l'emploi), par le ministre de l'emploi si c'est moyen, par le secrétaire d'état chargé des poissons rouges si c'est catastrophique.
En parallèle, l'Insee (service qui fait plein de statistiques dans tous les sens) réalise une enquête tout au long de l'année auprès de milliers de personnes, via un questionnaire, et non en comptabilisant des inscriptions à l’ANPE. Les résultats en terme de calcul du chômage peuvent donc être différents. Cette enquête sert notamment à pondérer les estimations mensuelles. Déjà pour 2005, le gouvernement avait tordu le nez sévère quand la pondération indiquait qu'il fallait augmenter les chiffres de 0,1%.
Mais cette année, le retour d'enquêtes de l'Insee indique qu'il faut majorer de 0,5% ! Inacceptable !
Bercy (ministère de tutelle de l'Insee) a dit halte au sketch. Et donné pour consignes au directeur de l'Insee (qui a dû se pencher en avant, baisser son pantalon et tousser fort) de dire que les retours n'étaient pas fiables, que c'était le bordel, et que les résultats ne seraient disponibles qu'en octobre 2007 pour des "raisons techniques", blabli, blablo. Pour des chiffres représentatifs de 2006, ça fait p'tet un peu loin... Mais on s'en fout, les élections seront passées, et le prochain président se démerdera avec, en disant (quel qu'il soit) que c'était la faute de Villepin. Et vu que Villepin on devrait plus jamais en entendre parler, c'est bien commode pour tout le monde...
Surtout que pour fréquenter quelques statisticiens de l'Insee et d'ailleurs, ils me paraissent pas être des bras cassés infoutus de faire leur boulot. Il y aurait donc murène sous caillou...

Sauf que annoncer le taux réel de chômage réduirait à néant les engagements pris par nos plus hautes instances, ceci n'est bien évidemment pas concevable...

Ca, c'est pour la partie 1 du billet, à savoir les chiffres et moyens utilisés par les gouvernements de droite (et de gauche évidemment) de ce pays.



Maintenant, la situation réelle de l'emploi dans ce pays : Parce que on a beau dire, le chômage a baissé de 10% en France en 2006 tout ça, je m'étonne quand même d'avoir reçu 14 nouveaux encore ce mois-ci moi... Mais ceci n'est pas un indicateur fiable, les suivants le sont plus.

D'ici aux élections, un collectif de syndicalistes de l'Insee, entre autres, a décidé depuis décembre 2006 d'annoncer quelques jours avant la promulgation des estimations mensuelles les vrais chiffres du chômage. Et s'il est indéniable que le nombre des DEFM a reculé en 2006 (-250000), il s'agit avant tout de gens "dégoûtés" (marre du flicage ou de la radiation forcée lors de l'entretien mensuel au cours duquel leur pauvre conseiller ANPE qui n'a pas d'offres à leur proposer leur demande quand même - parce qu'il a des consignes - de justifier de réponses à des offres qu'il ou elle n'a pas trouvées...) ou "déboutés" (parce qu'arrivé en fin de droits, ça soule de devoir pointer tous les mois sachant qu'il n'y a plus de rémunération possible et que le RMI est là.)

Sans être trop balèze en mathématiques, il est possible de comprendre ceci (je cite le collectif précédemment annoncé) : "L’incohérence des chiffres officiels est d’ailleurs patente. D’après les plus récentes projections de l’Insee , la population active devrait avoir augmenté de 180 000 en 2006 : les créations d’emplois (240 000) n’auraient dû permettre qu’une très faible baisse du chômage. Or, la baisse officielle est de 250 000 (- 10% !) : cherchez l’erreur."
Intervient alors un mécanisme équivalent à la double peine. "Au fil des années, la restriction de leurs droits à indemnisation" (qui est intervenue récemment et devrait de nouveau se produire bientôt) "s’accompagne d’un renforcement des convocations, des contrôles et des sanctions."
Ce qui n'empêche pas Borloo de râler, en disant que le gouvernement propose un accompagnement plus proche et plus efficace, mais que les chômeurs râlent encore. Salauds de chômeurs qui font rien qu'à faire chier leur ministre !

Maintenant, des chiffres. Les "officiels", et les "autres". Ces chiffres datent de septembre 2006, mais à quelques milliers près, ils n'ont pas bougé, et au-delà des chiffres purs, c'est la proportion qui est intéressante (ou pas) :
"En septembre 2006, le chiffre officiel du chômage (« DEFM de catégorie 1 ») décomptait 2 172 000 demandeurs d’emploi. A la même date, le nombre total de personnes recensées par l’ANPE en tant que demandeurs d’emploi s’élevait à près de 4 450 000 personnes. Plus de la moitié des personnes inscrites à l’ANPE, soit 2 276 000 demandeurs d’emploi, ne sont donc pas comptabilisées dans les statistiques officielles : ce sont, en quelque sorte, des chômeurs « invisibles »".

La composition de ces 'sans existence propre' se décompose comme suit :
Chômeurs des DOM (total) : 220 000
Demandeurs d’emploi temporaire ou à temps partiel : 871 000
Dispensés de recherche d’emploi : 412 000
Chômeurs en "activité réduite" : 452 000
Demandeurs d’emploi non immédiatement disponibles : 321 000
TOTAL : 2 276 000.



A ça, on pourrait rajouter le nombre de RMIstes qui explose (autant que le nombre de DE diminue) et qui ne sont plus inscrits mais qui souhaiteraient quand même avoir un emploi. Là par contre j'ai pas de chiffres. Ils existent, mais j'ai pas le temps de chercher.


Alors oui, il y a effectivement moins de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie 1 à l'ANPE (moi j'ose vraiment pas dire que le chômage baisse...). Si ça peut au moins sauver le sommeil de notre premier ministre...



Pour les plus circonspects d'entre vous, je vous renvoie et