En Algérie, peu importe quand, mais probablement de nos jours, sans doute dans la banlieue d'Alger, fin d'après-midi.
Trois pauvres types se retrouvent pour passer ensemble la soirée. Enfin, ensemble, c'est un grand mot, tant ils semblent loin les un des autres, et incapables de parler aux autres, juste d'eux-même. Ils regardent défiler la vie du quartier, faite de shit, de bière, de GIA, de dealers, de religion un peu aussi.
Un pauvre guitariste, qui cachtonne dans les mariages (il ferait mieux de pas trop en jouer de sa gratte, et d'ailleurs il en joue peu). Un autre qui bosse dans une usine de savates, et le troisième qui est né (ou presque) et vit (c'est sûr) dans la rue.
Ils regardent passer le temps en éclusant moult binouzes. une fois bien chauds, leur désabusance (rhaaa, mais arrêtez de dire que mes mots existent pas bordel !!!) fait qu'ils décident de prendre une bagnole, pour aller faire un tour, avec quatre grammes par bras chacun, ont un carton. Ca finit mal, comme une soirée banale...
La pièce ne dit rien du tout, mais elle le dit tellement bien ! La performance des trois acteurs est en tous points remarquable. On sent l'alcool les envahir, en même temps que le désespoir, face à la situation pourrie de leur pays. On vit leur malheur, leur quotidien, fait tous les jours de la même chose, leur incapacité à trouver la moindre place au sein d'une société dans laquelle ils ne se retrouvent absolument pas. Alors il leur reste l'alcool, les comprimés et les pétards, pour oublier.
Difficile d'imaginer que leur seul moment de 'gloire', de liesse commune, fut l'Algérie-Allemagne de 82... Or, c'est tout ce qui ressort de joyeux de leurs vies sans vie.
Pièce vraiment à voir, parce que tellement criante, vraie et poignante.
A la maison des arts de Créteil, pour une durée inconnue. Alors faisez vite !!!