préoccupations espagnoles

 

J'ai appris la nouvelle à la radio vendredi matin, puis en parcourant des blogs amis. Je n'ai volontairement pas cherché d'explications plus tôt que ce matin, laissant le temps aux journalistes de trier leurs suppositions merdiques destinées à vendre du papier à toute vitesse et les informations qui pouvaient avoir un minimum de valeur.

Je ne me suis jusque là posé que deux questions : à qui profite cette horreur ? et pourquoi à trois jours d'échéances électorales ?

Mes souvenirs concernant les actions d'ETA ne contenaient pas d'info comme quoi ils montaient des actions aussi meurtrières, notamment à l'égard de civils. J'en ai eu la confirmation en parcourant le Monde ce matin sur le net, même si les activistes d'ETA sont loin d'être blanc-bleu. De plus, des éléments 'lâchés' (fuites, vérité, intox ?) par des enquêteurs semblent porter en avant une piste autre que celle d'ETA.

Pour une raison qui m'échappe, tous les 'analystes' ainsi que plusieurs citoyennes et citoyens espagnols disent qu'il est important de savoir avant les législatives : si c'est l'ETA, le travail d'Aznar effectué pour les combattre tout au long de ses deux mandats doit lui faire gagner les élections ; si c'est l'"oeuvre"... d'islamistes, son parti risque de perdre la majorité en raison du soutien inconditionnel d'Aznar à la guerre de W. malgré une opinion publique quasi unanime contre lui.

Pourtant... Et si le peuple espagnol allait voter comme si les attentats n'avaient pas eu lieu ? Et si ils donnaient leur sentiment (comme cela était prévu jusqu'à jeudi midi) sur les années passées au pouvoir par un parti, et non sur une action d'éclat forcément source de révolte ? Car n'est-ce pas donner trop d'importance au terrorisme que d'agir en réaction à son 'bon vouloir' alors qu'il est temps de mettre un bulletin dans une urne ?  Pourquoi avoir frappé trois jours avant des élections, si ce n'est pour prendre une importance tant illégitime qu'inique dans une opinion publique ? Sans vouloir réfuter le chagrin et la peine de chaque espagnol ou de chaque citoyen de tout pays se sentant concerné par ce drame (je pense en être de surcroit), quel meilleur moyen de refuser cette violence aveugle que de voter le plus sereinement possible en occultant (le temps du passage dans l'isoloir) cet acte ignoble ?

Je souhaite que le peuple espagnol puisse surmonter son chagrin dimanche et laisse exploser son malheur juste après. Il y aura un moment de silence lundi midi en Europe, respecté pour ceux que ce désastre révulse. Je serai de ceux-là.

Commentaires

1. Le samedi 13 mars 2004, 17:59 par souris blanche
Pas de mots suffisament forts pour exprimer ce que je ressens. Je ne m'exprimerai pas davantage, mais je serai aussi de "ceux-là".
2. Le mardi 16 mars 2004, 14:40 par brio
Moi ce qui m'épate, c'est le coup des détonnateurs retrouvés avec une cassette de versets du Coran. Personne ne s'étonne de la juxtaposition de ces deux éléments. La prochaine fois, ils mettront une carte de visite, ou ils imprimeront directement la photo des terroristes présumés sur les bombes. Je ne veux pas douter ni être trop sarcastique en ces heures douloureuses, mais quand même... tout ça est un peu gros.