lalune

le seul ânier décroissant à être également bassoniste pop-rock ?

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vendredi 25 juin 2004

Requiem pour un con

Monsieur,

Bien que n'étant actuellement plus actif au sein de l'équipe secouriste de la délégation que vous présidez, j'y compte pourtant encore bon nombre d'amis ainsi que de la famille. Ce qui m'a permis de prendre connaissance de votre dernier courrier signalant le prochain remplacement de Monsieur "Le Chef" au poste de directeur local de l'urgence et du secourisme. Ceci constituant à ma connaissance un cas rare, permettez-moi de ne pas rester de marbre devant pareille décision.

Côtoyant régulièrement Monsieur "Le Chef" et n'ayant pas eu connaissance par sa bouche de son désir de quitter ses fonctions, j'en conclus donc de façon aisée, que vous avez délibérément et unilatéralement décidé de vous séparer de ses services, sans que quiconque n'ait pu dans l'équipe secouriste, et malgré mes questionnements, me fournir de réponse fondée sur quelque argument que ce soit de votre part. Je formule donc l'hypothèse que vous n'en avez pas. Je compte cependant sur vous pour me renseigner directement, car il m'apparait plus que cavalier de se séparer de quelqu'un qui effectue tout à fait correctement son travail, sans pouvoir par ailleurs apporter le moindre argument contre lui. En outre, si l'on se sépare d'un directeur en qui vous avez apparemment dit à plusieurs membres de la délégation ne plus avoir confiance, que peut-on faire en face d'un président présentant la même caractéristique ?

Ayant été pendant plusieurs années, lorsque j'avais en charge le secteur de la formation, l'adjoint de Monsieur "Le Chef"  et par là même un collaborateur très proche, voire quotidien - nous n'avons en effet pas toujours été en total accord sur tous les sujets, ce qui ne m'a pourtant jamais donné, ne serait-ce que l'once d'un instant, l'envie de le voir remplacé. Mais peut-être connaissez-vous mal le travail de directeur local (en l'occurence celui effectué par "Le Chef") ou peut-être avez-vous mal été renseigné.

Pour diriger efficacement et faire évoluer une équipe secouriste telle que la vôtre, telle que la nôtre, il faut des compétences techniques de très haut niveau ainsi que beaucoup d'expérience de terrain, que peu de délégations peuvent s'enorgueillir de posséder. Il faut ensuite des qualités de diplomatie, de coordination, d'organisation et de rigueur. Enfin, il faut également et cela va de soi, un grand sens des relations humaines. Monsieur "Le Chef" possède tout cela, mais peut-être ne l'avez-vous malheureusement pas constaté. Où situez-vous l'impartialité d'un président, ne sachant apparemment pas, même après une décision certainement prise à la hâte je l'espère, écouter tous les bénévoles qui l'ont élu ?

Car vous n'êtes certainement pas sans constater la vive émotion qui a vu le jour depuis peu dans les rangs de l'équipe secouriste suite à l'annonce de cette non-reconduction. Quelle est votre motivation à réclamer la tête d'un directeur plébiscité par ses troupes ? Vous souhaiteriez mettre à terre l'équipe secouriste de votre délégation, vous n'auriez pas à vous y prendre différemment. Expérimentez-vous un transfert du principe de précaution (en vigueur en matière denvironnement et de santé) à notre Délégation locale ? Ne vous fait-il pas vouloir tuer tout un troupeau alors qu'une seule tête vous apparait potentiellement malade ? Ne vous trompez-vous pas de troupeau ?

Espérant un jour recueillir vos réponses à mes questions, veuillez prendre note de mes craintes les plus vives quant à l'avenir de la Délégation dans son ensemble.

Lalune.

*Et quand Lalune fâché, lui toujours faire ainsi...*

lundi 14 juin 2004

scénario catastrophe, mais plausible...

 

Le texte qui suit est une invention de magistrats. Sauf que cela pourrait se réaliser sans trop de difficultés...

"Vous aimez votre femme et votre femme vous aime. Vous avez eu ensemble trois enfants que vous adorez : Julie, julien et Juliette. Julien vient d'avoir 16 ans. C'est un garçon rieur, heureux de vivre, un peu turbulent  au lycée, mais que les professeurs trouvent sympathique. Parmi ses nombreux amis, deux sont pour lui comme des frères : Arnaud et Arthur. Ils forment à eux trois une inséparable bande de joyeux drilles, connue dans tout le lycée. Vous ignorez seulement que, le mois dernier, Julien a connu une  grave déconvenue : le professeur de biologie, Monsieur Bubard, lui a attribué un 2/20 pour "copie trop sale".
Votre fils l'a ressenti comme une profonde injustice, ainsi qu'Arnaud et Arthur. Ensemble, après avoir longuement réfléchi, ils ont trouvé le moyen de venger Julien : Monsieur Bubard se rend chaque jour au lycée en bicyclette. Il range son vélo dans  un local non fermé mais surveillé depuis la grille d'entrée par Paul, gardien depuis vingt ans, dont les siestes sont légendaires. Une semaine après la fameuse copie, notre trio passe à l'action : Arthur fait le guet pendant que Julien et Arnaud s'emparent du vélo. Ils escaladent ensuite la  grille pour le cacher dans le jardin de Roselyne Lajoue, retraitée. L'exploit fait grand bruit.
Julien et ses acolytes, galvanisés, décident de  ne pas en rester là, le local regorgeant d'objets de convoitise: deux jours plus tard, ils réitèrent avec la trottinette électrique du professeur de mathématique et la bicyclette rose de Madame le Proviseur. Celle-ci, furieuse, mène alors l'enquête, en toute discrétion. Ses soupçons se dirigent rapidement vers votre fils et ses amis.
Une plainte est déposée pour vol. Vol en bande organisée, précise la police : la loi Perben II peut s'appliquer.
Trois jours plus tard, un jeune homme souriant aborde votre fils à la sortie du lycée. Il lui montre une camionnette spécialement aménagée et lui propose, en cas de besoin, de transporter gratuitement tout engin à deux-roues. Julien est étonné. Le jeune homme le rassure, l'invite à prendre un café et lui offre finalement un téléphone portable: "appelle-moi!".
Cet homme est un policier, habilité par Perben II (nouvel article 706-81 du Code de procédure pénale) à se faire passer pour complice ou receleur des infractions. Il n'a pas droit d'inciter au délit. Mais il peut mettre à la disposition des personnes suspectées tous les moyens dont elles rêvent (juridiques, financiers, transport, hébergement, télécommunication : nouvel article 706-82).
Votre fils, très excité,  appelle de son téléphone tout neuf ses camarades. Le lendemain, décision est prise de profiter de l'aubaine : on demande au jeune homme de déposer le butin près du stade de foot, histoire de prolonger le plaisir.
Le lundi suivant, à 18 heures, Julien n'est pas rentré à la maison. Votre femme s'inquiète, Julie et Juliette le cherchent. 18h30 : le téléphone sonne. C'est la police. Julien est au commissariat en garde à vue.
Comment ? Qu'a-t-il fait? Vous ne dormez pas de la nuit, vous espérez à chaque heure que votre fils va être relâché, vous voulez comprendre. Le lendemain, un avocat de permanence vous apprend que Julien va bien, mais il ne peut vous en dire plus.
Une première journée passe, puis une deuxième nuit. C'est un cauchemar. On se réveillera. Mais mercredi matin, l'avocat vous avoue que, depuis la loi Perben II, la garde à vue peut durer 96 heures, même pour les mineurs (nouvel article 706-88 du Code de procédure pénale). Vous imaginez votre Julien au commissariat pendant quatre jours et quatre nuits, interrogé le jour et réveillé la nuit.
Mercredi, l'attente devient infernale. A 20 heures, quatre hommes sonnent à votre porte. Ce sont des agents EDF qui viennent relever les compteurs. En un clin d'oeil, les voilà dispersés dans tout l'appartement, l'un d'entre eux restant en votre compagnie pour vous occuper. Ils repartent cinq minutes plus tard, sans vous avoir fait signer le moindre bon.. Vous êtes étonné, mais vous avez d'autres préoccupations en ce moment. Pourtant, ces hommes viennent d'installer chez vous suffisamment de micros et decaméras pour tout connaître de votre vie de couple et des discussions entre Julie et Juliette.
Ils en ont le droit depuis Perben II (nouvel article 706-97 du Code de procédure pénal).
De toutes façons, vous étiez déjà sur écoute (nouvel article 706-96). Les journées de jeudi et de vendredi sont les plus atroces de  votre vie. Julie et Juliette ne sortent pas de leurs lits. L'école appelle, vous lui raccrochez au nez. Votre femme  passe de l'hystérie à l'hébétement.
Vendredi 17h15 : Julien sort enfin de garde à vue mais il est, dans la foulée, déféré devant le juge d'instruction qui met Julien en examen, les faits étant avérés. Il demande à son collègue le juge des libertés et de la détention de placer votre fils en détention provisoire. Le magistrat accepte : il entend, lui aussi, lutter efficacement contre l'insécurité en ville.

Julien est en prison, pour plusieurs mois peut-être. Vos filles s'enferment dans un profond mutisme. Mardi, trois heures du matin. Voilà une semaine  que vous ne vivez plus. Vous êtes endormi sur le canapé, une bouteille de blanc à la main.
Une sonnerie stridente vous réveille soudain : vous vous traînez jusqu'à la porte d'entrée que vous ouvrez. Cinq policiers s'engouffrent chez vous. Pendant deux heures, ils retournent l'appartement, crèvent les coussins, vident les tiroirs. Cette perquisition en pleine nuit  (nouvel article 706-91) a du bon : elle permet enfin à la famille de se retrouver, vos filles et votre femme s'étant blotties autour de vous dans  le canapé. C'est ainsi entouré que vous finissez la bouteille de blanc.
Le lendemain, décision est prise d'envoyer Julie et Juliette, pour les protéger, chez leur grand-mère maternelle. Ce sera mieux pour tout le monde. Votre belle-mère, ravie d'être utile, vient les chercher chez vous.
Elle se permet une première remarque sur l'état de l'appartement. Vous réussissez à vous contenir. Elle jacasse ensuite un quart d'heure sur le problème de la délinquance. Vous sentez que vous allez sortir de vos gonds. Pour finir, elle vous lance une remarque acerbe sur l'éducation de Julien. C'en est trop : vous la giflez.
Or vous étiez filmé. Lorsque votre beau-père vient porter plainte, les policiers sont déjà au courant. A votre tour, vous êtes convoqué au commissariat, placé en garde à vue, puis mis en examen pour violences sur personne vulnérable. Vous encourez trois ans d'emprisonnement. C'est le procureur qui vous convoque à la fin de la garde à vue. Il est indigné par ce que vous avez fait et ne s'étonne pas que votre fils ait mal tourné. Il vous demande si vous reconnaissez votre culpabilité, une cassette vidéo à la main. Vous répondez oui. Il vous propose alors de prononcer lui-même votre  condamnation puisque vous ne contestez pas les faits. C'est nouveau (Perben II, article 61), mais c'est efficace.
Si vous refusez, vous serez jugé par le tribunal, dans longtemps et avec les aléas qu'on connaît. Un avocat, penaud, vous conseille d'accepter. Le procureur vous condamne à 4 mois d'emprisonnement, non sans préciser que c'est une peine bien indulgente au vu des faits odieux que vous avez commis.
Durant le trajet vers la prison, menotté dans la fourgonnette, vous vous interdisez de penser à votre femme, à Julie, à Juliette.. Vous vous demandez simplement si vous apercevrez de votre cellule celle de Julien. Si vous pourrez lui faire coucou.
Et, tout à coup, vous vous souvenez d'un entrefilet dans le journal, en plein hiver 2004, sur des avocats qui s'inquiétaient de l'entrée en vigueur de la loi Perben II.
Vous n'aviez, à l'époque, pas compris pourquoi. "

vendredi 11 juin 2004

salauds de pauvres

 

Les sections Attac de Paris sud organisaient hier une conférence animée par un sociologue sur ces salauds de pauvres qui obligent notre gentil gouvernement à les foutre en taule. Après avoir démontré l'absence totale de lien entre le taux de criminalité et celui d'incarcération (quels que soient l'endroit du monde ou la période de l'Histoire retenus pour l'étude), il expliquait comment la France avait par exemple doublé sa population carcérale en 30 ans, la passant de 50 taulards pour 100000 habitants à 100 taulards pour 100000 habitants.

Il expliquait alors le cheminement suivant : Par de purs choix politiques, par idéologie, et non en raison d'une sorte de fatalité liée à la mondialisation ou autre excuse à deux balles, les Etats décidaient de ne mener aucune politique économique, de conduire une politique sociale visant à propulser les plus fragiles vers les emplois rendus précaires par la volonté du monde de l'entreprise, mais par contre de développer puis déployer tout un arsenal sécuritaire, judiciaire et pénal destiné à affirmer une certaine vision de l'autorité de l'état. Vision la plus simpliste et la moins efficace (et très chère en plus) permettant de faire disparaître ces salauds de délinquants (assimilés aux jeunes des banlieues).

Il semblerait aussi (entre autres nombreux exemples), que la prison représente une solution à moins de 3% des crimes et délits les plus graves (meurtres, viols, etc.) commis sur une année aux USA. En France, moins de 2% de peines de prison sont prononcées pour l'ensemble des situations présentées devant les tribunaux. Les taux de récidive sont inversement proportionnels à la gravité de l'acte délictueux effectué, etc, etc, etc.

J'en viens donc à me demander si c'est bien utile de nommer un sous-ministre à la construction des prisons. Je me demande donc s'il est bien nécessaire d'en construire plus. Je me demande également s'il est nécessaire de faire tant de vagues autour de tout ça. Mais la popularité (je n'ose dire le populisme) est à ce prix, certainement.